Certains préfèrent la ville à la campagne ...

Je dis, moi, que le bonheur, c'est de vivre à la campagne ; tu dis, toi (1), que c'est vivre à la ville. [...] Autrefois, esclave à tout faire, tu appelais de tes voeux secrets la campagne ; maintenant, régisseur rural, tu désires la ville, les jeux et les bains. Pour moi, tu sais que je suis conséquent avec moi-même et que je ne m'en vais jamais sans tristesse quand de maudites affaires me traînent à Rome. Nous ne sommes pas épris des mêmes objets ; de là le désaccord entre toi et moi. Car les lieux que tu regardes comme des solitudes désolées et inhospitalières, celui-là les appelle charmants, qui pense comme moi, et ceux que tu trouves beaux, il les déteste. C'est la cellule d'un lupanar, c'est une taverne grasse qui te donnent le regret de la ville, je le vois bien ; c'est aussi qu'on fera produire à ce petit coin de terre du poivre et de l'encens plus vite que du raisin, c'est qu'il n'y a pas là, dans le voisinage, ni cabaret qui puisse te fournir du vin, ni courtisane jouant de la flûte, dont la musique te fasse sauter et retomber pesamment sur le sol ; et cependant il te faut remuer des champs, que le hoyau, depuis longtemps, n'a pas touchés, soigner le boeuf après l'avoir dételé et cueillir des feuilles pour le rassasier. Nouveau travail que le ruisseau donne à ta paresse, s'il vient à pleuvoir et qu'il faille lui enseigner, par un fort barrage, à épargner la prairie que chauffe le soleil.

(1) Il s'agit du régisseur du poète

Horace, Épitres, I, 14, v.10 et 14-30




Voyages privés