Éloge de Rome

Tout ce que tu vois ici, étranger, cette Rome si grande, avant la venue du Phrygien Énée ce n'étaient que des collines et de l'herbe et sur le Palatin, à l'endroit où se dresse le sanctuaire en l'honneur de Phébus et de sa Victoire navale (1), les génisses fugitives d'Évandre (2) se sont couchées. Les dieux étaient d'argile ; ils ont aujourd'hui des temples d'or, eux que ne déshonorait pas, jadis, une cabane sans art. Jupiter Tarpéien tonnait sur une roche nue et le Tibre où venaient nos boeufs était un fleuve étranger.[...] La Curie, qui maintenant s'élève resplendissante, avec son sénat en robe prétexte, avait pour sénateurs des hommes vêtus de peaux, des hommes au coeur rustique. C'était au son de la trompe que se rassemblaient, pour causer, les antiques Quirites : cent d'entre eux dans un pré, c'était souvent tout le sénat. [...]

O Louve de Mars, pour notre empire la meilleure des nourrices, comme elle a grandi, cette ville à qui tu donnas ton lait ! Ville dont je voudrais chanter la grandeur en des vers pieux : hélas ! faible est ma bouche ; de mon étroite poitrine ne sort qu'un filet de voix, mais je veux qu'il soit tout entier au service de ma patrie.

(1) Il s'agit du temple dédié par Auguste à Apollon, après la victoire d'Actium.

(2) Exilé d'Arcadie, Évandre s'était réfugié en Italie

Properce, Élégies, IV, 1, v. 1-14 et 55-60




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