Une étape sur la route de Brindes

(entre Forum Appi et Terracine, la via Appia étant ravinée, on préfère la voie d'eau).

Déjà la nuit s'apprêtait à étendre ses ombres sur la terre et à semer le ciel de constellations. Et alors, les clameurs de voler des esclaves aux mariniers, des mariniers aux esclaves : "Aborde ici", " Tu en fourres trois cents !", "Holà ! il y en a assez." Pendant qu'on fait payer, qu'on attelle la mule, une heure entière passe. Les moustiques maudits, les grenouilles des marais écartent de nous le sommeil. Après que, gorgés de piquette, marinier et voyageur ont, à l'envi, chanté leur bonne amie absente, à la fin, fatigué, le voyageur commence à dormir, et le marinier paresseux détache et laisse paître sa mule, fixe le câble à une pierre et ronfle, couché sur le dos. Et déjà le jour arrivait quand nous sentons que la barque n'avance pas d'une ligne. L'un de nous alors, cervelle chaude, saute à terre et travaille, avec un bâton pris à un saule, la tête et les reins de la mule et du marinier. À la quatrième heure (= vers 9h et demie), au plus tôt, on nous débarque enfin. Nous nous lavons le visage et les mains dans ton onde, ô Feronia (= divinité de la source du même nom) ! Puis, ayant déjeuné, nous nous traînons l'espace de trois milles et nous arrivons au pied d'Anxur (autre nom de Terracine), posée sur ses roches blanches qui brillent au loin.

Horace, Satires, I, V, v.9-26)



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