Un tunnel pénible à parcourir

Sur le point de quitter Baïes et de regagner Naples, je me laissai facilement convaincre que le mauvais temps menaçait, pour ne pas m'embarquer sur-le-champ ; or, d'un bout à l'autre de l'itinéraire, on trouva une telle masse de boue que je pourrais croire aussi bien avoir fait une traversée. Ce jour-là j'ai dû subir sans broncher tout le destin des athlètes : après l'onction d'huile, la poussière nous a accueillis dans le tunnel de Naples. Rien de plus long que cette prison, rien de plus obscur que ces torchères dont l'effet est, non pas de nous faire voir dans les ténèbres, mais de les faire voir elles seules. Au reste, le lieu eût-il la lumière que la poussière la déroberait, phénomène accablant et pénible même en plein air. Qu'en dire là-bas, où elle fait des tourbillons sur elle-même, où, faute de circulation d'air, elle est enfermée et retombe sur ceux qui l'ont remuée ? Nous avons dû endurer bravement deux ennuis incompatibles, mais pour l'heure réunis, sur la même route et le même jour, l'épreuve de la boue et de la poussière.

Sénèque, Lettres, VI, 57

(trad. J.-M André



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