Place ! Place ! Que tout le monde se range !

Aujourd'hui, l'on ne voyage qu'avec toute une cavalerie d'éclaireurs numides, toute une avant-garde de coureurs. Ce serait scandale de n'avoir point de gens pour jeter hors de la route les piétons que l'on croise, pour signaler par des flots de poussière, l'arrivée d'un homme considérable. Aujourd'hui chacun a ses mulets transportant vases de cristal, vases murrhins, chefs d'oeuvre des artistes de la ciselure. Ce serait scandale de laisser croire que l'on n'a pas dans tout son bagage une seule pièce qui ait à redouter les cahots. On ne met ses pages en voiture qu'après leur avoir enduit le visage d'un onguent qui empêchera le soleil ou le froid d'offenser leur peau délicate. Vous trouvez honteux de n'avoir dans vos cortèges de jeunes esclaves que des visages assez sains pour pouvoir se passer de produit.

Sénèque, Lettres, XX, 123



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