Coutumes des Germains

Presque seuls entre les barbares, (les Germains) se contentent chacun d'une épouse, excepté quelques personnages qui, toute sensualité à part, sont, à cause de leur noblesse, sollicités à plusieurs unions. La dot n'est pas apportée au mari par l'épouse mais par le mari à l'épouse. Le père et la mère ainsi que leurs proches assistent à la cérémonie et apprécient les cadeaux, cadeaux non pas choisis pour l'agrément d'une femme ni destinés à parer la nouvelle mariée mais des boeufs, un cheval bridé, un bouclier avec une framée (= sorte de lance) et un glaive. Contre ces cadeaux on reçoit l'épouse et, en retour, elle-même apporte à son mari.quelque pièce d'armes : tel est le lien suprême, tels sont les rites mystiques, tels sont pour eux les dieux du mariage. Pour que la femme n'aille pas penser que les nobles projets, que les hasards de la guerre sont pour d'autres, les auspices même de son mariage qui commence l'avertissent qu'elle vient partager les travaux et les périls, avec même destin pendant la paix, même destin au combat, à soutenir et à affronter : c'est ce qu'annoncent les boeufs attelés, le cheval équipé, les armes données. Ainsi devra-t-elle vivre, et ainsi enfanter : ce qu'elle reçoit, elle le rendra, intact et pur, à ses enfants, ses brus le recevront et cela passera plus tard à ses petits-fils.

Un seul genre de spectacle, et le même dans toutes leurs réunions : des jeunes gens, nus, qui s'en font un jeu, se jettent d'un saut au milieu des glaives et des framées menaçants. L'exercice a fait naître l'art, l'art la beauté, mais sans idée de profit ou de récompense. De cet ébat, si téméraire cependant, le prix est le plaisir des spectateurs.

Les dés, chose étonnante (1), sont pour eux une affaire sérieuse où ils s'appliquent à jeun, à ce point égarés par le jeu ou la perte que, quand ils n'ont plus rien, ils mettent en jeu, pour un dernier et suprême coup, leur liberté et leur personne. Le vaincu accepte une servitude volontaire : plus jeune peut-être ou plus robuste, il se laisse lier et vendre. Telle est dans leur folie leur obstination : ils appellent cela garder sa foi. De ces sortes d'esclaves ils se défont, par le commerce, pour se libérer, eux aussi, de la honte de la victoire.

Tacite, la Germanie, XVIII et XXIV

1) Chez les Romains, le jeu de dés n'était autorisé qu'à table et pendant les Saturnales, en décembre.



La littérature et le voyage