César s'informe sur l'Égypte auprès d'un prêtre

" Vieillard voué au culte et, comme le témoigne ton âge, non détesté des dieux, explique-moi les origines de la race de Pharos, le climat du pays, les moeurs du peuple, les rites et les différentes formes de ses dieux ; apprends-moi les caractères gravés sur vos antiques sanctuaires, dévoile-moi des dieux qui ne demandent qu'à être connus. Si tes ancêtres instruisirent de leurs mystères l'Athénien Platon, quel hôte fut jamais plus digne de cette initiation et plus fait pour comprendre l'univers ? [...] Au milieu des combats, j'ai toujours étudié les espaces stellaires et célestes et les secrets divins, et mon année ne le cèdera pas aux fastes d'Eudoxe (1). Mais avec cette ardente passion qui vit dans mon âme, cet amour extrême du vrai, je n'ai rien de plus à coeur que de connaître le régime de ce fleuve, dont tant de siècles ont ignoré les causes et son origine restée mystérieuse ; qu'on me donne l'assurance de voir les sources du Nil, et j'abandonnerai la guerre civile !"

(Réponse du prêtre qui, d'ailleurs, avouera son ignorance sur les sources du fleuve)

"C'est une erreur des anciens de croire les débordements du Nil dus aux neiges d'Éthiopie. Ces montagnes ne connaissent ni l'arctos ni Borée. [...] Ajoute que tous les fleuves, dont la fonte des glaces précipite la source, commencent à s'enfler au retour du printemps, au premier écoulement des neiges ; le Nil ne soulève pas ses ondes avant l'apparition des rayons du Chien et n'enchaîne pas son lit à ses rives avant l'équilibre de la nuit et de Phébus sous le niveau de la Balance. Aussi n'est-il pas soumis non plus aux mêmes lois que les autres fleuves : il ne s'enfle pas en hiver, où l'éloignement du soleil enlève à l'onde l'occasion de rendre ses services ; destiné à tempérer un air trop brûlant, il sort de son lit au milieu de l'été, sous la zone torride et, pour que la flamme ne détruise pas la terre, le Nil vient au secours du monde et c'est contre la face en feu du Lion qu'il s'enfle."

(1)Astronome grec du IVe siècle, qui avait envisagé une réforme dans le calcul des années, dont s'inspira plus tard César dans sa réforme du calendrier.

Lucain, la Pharsale, X, v. 176-192 et 219-233



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