Tristesse de l'exil

Placé sous des étoiles qui ne touchent jamais la mer, je vis en pleine Barbarie. Les Sarmates m'entourent, race féroce, et les Besses et les Gètes qui ne méritent pas que je les nomme ! [...] Lorsque le triste hiver a montré son visage horrible et que la terre blanchit sous le gel marmoréen, tandis que Borée et la neige se préparent à rester au-dessous de l'Ourse, alors il est évident que ces races sont pressées par le pôle frissonnant. La neige reste étendue, et cette étendue ne cède ni au soleil ni aux pluies ; Borée la durcit et la rend perpétuelle. La première n'est pas encore fondue qu'une seconde arrive et dans nombre d'endroits elle reste deux ans. L'Aquilon impétueux souffle avec tant de violence qu'il jette par terre des tours élevées et qu'il emporte des toits arrachés. Les gens se défendent des froids rigoureux avec des peaux et des braies mal cousues, de tout leur corps ne laissant voir que leur visage. Plus d'une fois leurs cheveux, où s'accrochent des glaçons, tintent, quand ils les secouent, et leur barbe brille, blanche sous le gel qui la recouvre. Les vins tout nus restent fermes, gardant la forme des pots ; les gens ne boivent pas des crus, mais des morceaux qu'ils se passent. Que dirai-je des ruisseaux enchaînés par le froid qui les condense et des eaux que l'on retire en les brisant dans les lacs ? L'Hister lui-même [...] qui se mêle à la mer vaste par de nombreuses embouchures, sous les vents qui durcissent ses eaux bleues, se gèle et roule vers la mer des eaux cachées ; là où passèrent des navires on va maintenant à pied et le sabot du cheval frappe les eaux condensées par le froid ; ainsi sur ces ponts nouveaux, au-dessous lesquels s'écoulent les eaux, les boeufs sarmates conduisent de barbares chariots.

Ovide, Tristes, III, 10, v.3-34

(trad. E. Ripert)



La littérature et le voyage