Introduction


Nous croyons que le monde moderne, avec ses multiples moyens de communication, a inventé le voyage, voyage officiel, voyage d'affaires, voyage touristique, voyage individuel d'exploration ou de découverte. En fait, il n'en est rien : les Grecs connaissaient déjà les périples (mot grec signifiant un voyage circulaire en mer) et en ont fait bientôt, avec leur esprit curieux et universaliste, des voyages d'observation, de découverte d'autrui. Puis les historiens, les philosophes ou les juristes ont tiré profit de leur expérience du voyage. Mais les simples voyageurs aussi nous ont laissé des traces de leur passage et de leurs sentiments sur les pays qu'ils découvraient (graffiti et inscriptions variées). On a remarqué d'autre part que le "tourisme" s'est développé en même temps que le roman, autre "voyage" d'aventure à travers des pays plus ou moins fabuleux.

Néanmoins, il faut s'entendre sur ce terme de "voyage" (mot venu du latin uiaticum qui désignait primitivement les provisions nécessaires au voyage). En effet, les phénomènes d'émigration dus à la famine (vu le petit nombre de terres labourables, surtout en Grèce), ou à l'invasion, à l'exil politique ou... aux cataclysmes naturels (séismes, raz de marée) qui chassent les habitants de leur pays ne sont pas à proprement parler des "voyages".

Quant aux grands voyages mythiques ou légendaires, c'est-à-dire l'expédition contre Troie (Iliade), le retour d'Ulysse (Odyssée), l'expédition des Argonautes (Les Argonautiques) ou les tribulations d'Énée de Troie jusqu'en Italie (l'Énéide), ce ne sont pas non plus des voyages choisis, mais bel et bien imposés par les circonstances. Même s'ils ont correspondu, à un certain moment, à une réalité historique, ils ne nous éclairent que très peu (sauf quand il s'agit des tempêtes en Méditerranée !) sur les conditions du voyage dans l'antiquité.

Ces réserves faites, il reste un grand choix de voyages dont nous pouvons parler : pèlerinages religieux, voyages officiels (ambassadeurs), voyages professionnels (négociants, artisans, artistes, etc.). Mais il faut noter que le voyage individuel de découverte, d'aventure, de loisir est rarissime et n'est possible, d'ailleurs, que pour des gens aisés, issus de classes sociales très favorisées. N'oublions pas non plus que les "vacances" légales, les congés payés, les vacances scolaires n'existaient pas. Dans ce domaine du voyage individuel un nom, évidemment, s'impose : celui d'Hérodote (Ve siècle av. J.-C.), le plus illustre des voyageurs, qui osa partir à la découverte des pays "barbares" (c'est-à-dire non grecs), doué d'un esprit extrêmement curieux et ouvert ; son enquête (historia, en grec) lui a valu le surnom de "père de l'Histoire", même si le plus ancien récit d'exploration du monde est celui du périple d'Hannon (récit du VIe siècle, traduit en grec au IVe siècle av. J.-C.), un amiral carthaginois que sa ville avait envoyé reconnaître les côtes africaines (pour des raisons d'expansion économique, sans aucun doute).

Nous distinguerons enfin l'attitude du Grec et celle du Romain ; le premier, adossé à peu près partout à la montagne dans son petit pays, sur le continent comme sur les îles, est attiré par la mer et a eu très tôt (dès la fin du Ve siècle) le désir de "voir du pays". Le second, plus terrien, plus casanier, moins aventureux, devenu marin malgré lui, ne se déplacera à l'étranger que dans des pays conquis militairement et romanisés, pour ne pas s'y sentir dépaysé.


LE VOYAGE DANS L'ANTIQUITÉ