les voyages par mer


Le voyage par mer reste toujours plus ou moins une aventure : dès que l'on va un peu loin, les itinéraires sont mal connus et la perspective de passer plusieurs mois en mer décourage les navigateurs. Et puis la saison n'est pas toujours propice : en plein été, les vents étésiens (aujourd'hui, c'est le meltem) venus du Nord, gênent beaucoup les voiliers ; en hiver, il y a de la brume ; en automne et au printemps, le temps est instable. Dans la pratique, donc, deux mois à peine (de la mi-juin au début d'août) sont favorables à la navigation ; encore ne faut-il pas se trouver dans des chenaux trop étroits, aux courants rapides, comme le détroit de Messine (où l'on passe de Charybde ... en Scylla) ou celui de l'Euripe (entre l'Attique et l'Eubée). La mer est donc dangereuse (le prouvent d'ailleurs les nombreuses statues, amphores, etc. recueillies par les archéologues au fond de la mer, preuves de naufrages fréquents). Dans ces conditions, prendre la mer, c'est pour assurer sa subsistance ou, peut-être, pour s'enrichir. (Hésiode, Les Travaux et les Jours ).

Les négociants qui se lancent sur la mer utilisent des bateaux qu'on pourrait plutôt appeler des esquifs dépourvus de quille, gréés sommairement et incapables de naviguer de nuit (longtemps, les phares ont été inconnus). On navigue donc de préférence en suivant les côtes ou bien d'île en île (c'est ce qu'on appelle le cabotage) pour trouver un abri avant le coucher du soleil et s'y arrêter pendant la nuit. Par exemple, pour se rendre du Pirée en Sicile on passe habituellement par Corcyre (= Corfou) et Tarente ; pour éviter d'être obligé de faire le tour du Péloponèse, on fait passer les bateaux sur l'isthme de Corinthe à l'aide d'un diolcos, série de rouleaux sur lesquels on pousse les bateaux. Pour les missions urgentes, on emploie les pentècontères, vaisseaux fins et longs de cinquante rameurs, rapides, et qui peuvent parcourir jusqu'à cent kilomètres par jour. Ces bateaux sont d'ailleurs utilisés aussi à des fins militaires (comme les trières, qui comportaient trois rangs de rameurs, c'est-à-dire presque deux cents rameurs, ce qui permet d'avancer vite, quel que soit le vent). Mais les vaisseaux de cabotage, ronds et ventrus, sont beaucoup plus lents car ils marchent surtout à la voile.

Quant aux déplacements individuels, à bord des bateaux de ligne circulant sur la mer Égée, par exemple entre le Pirée et Éphèse, en passant par les Cyclades et Samos, dans quelles conditions voyage-t-on ? Pas de "paquebot", mais plutôt des cargos, à l'allure lente, transportant marchandises et voyageurs et qui avancent à la voile et à la rame. La traversée ne coûte pas cher, certes - 2 à 4 oboles du Pirée à Égine, 12 pour un voyage Athènes-mer Noire à une époque où un ouvrier gagnait environ 9 oboles par jour - mais les passagers s'entassent à l'arrière, sur le pont, abrités par des tentes, ou à fond de cale ; ils doivent avoir emporté leurs vivres, leur vaisselle, et leurs couvertures. Seule l'eau potable est fournie par l'équipage. La surcharge des passagers peut constituer une cause de naufrage mais il y a aussi des naufrages provoqués (feu allumé simulant un phare) par des insulaires désireux de piller l'épave.(Digeste). Enfin, des pirates sillonnent constamment la mer pour capturer des hommes et les vendre comme esclaves (Homère, Odyssée). Toutefois, pour quelques privilégiés (comme les héros de roman) existent des croisières de détente (Longus, Daphnis et Chloé).


LE VOYAGE DANS L'ANTIQUITÉ