les voyages par voie de terre



D'après ce qui précède on comprend que les Grecs se sentent plus rassurés lorsqu'ils voyagent sur terre ; c'est le cas au moment des cérémonies périodiques qui rassemblent (panégyries) le peuple autour d'un dieu et de son sanctuaire (Isocrate, Panégyrique) même si la plus ancienne panégyrie semble avoir été celle de Délos (Thucydide, Histoire de la guerre du Péloponèse) . Ces panégyries sont des occasions de retrouvailles et de festivités populaires ; Souvent, le tourisme de masse n'existant pas, les cités se font représenter par des émissaires sacrés (les théores). La fréquentation des grands rassemblements religieux s'accroît à l'époque classique (on se rend à Olympie, Delphes ou Némée) et permet le développement du théâtre (voir les Grandes Dionysies et les Dionysies rurales).

Quelles étaient les conditions matérielles de ces voyages ?

On se déplace généralement à pied, d'où la nécessité de bonnes chaussures et de bons couvre-chefs ! Bonnet de feutre en hiver (pilos) ou chapeau à larges bords (pétase) pour se protéger de la pluie ou du soleil. Le voyageur porte une tunique qu'il retrousse pour marcher plus à l'aise (c'est alors un euzônos ; voir les soldats grecs actuels de parade appelés evzones), mais en hiver on accumule sur soi les tissus (Hésiode, Les Travaux et les Jours). Et l'on marche ... mais sur quelles routes ! Ce pays montagneux, composé de nombreux états indépendants, ne peut se doter d'un réseau cohérent de routes. On passe donc là où le relief le permet, dans des ravins ou dans une vallée, sur des chemins de terre, parfois empierrés dans les pentes les plus abruptes. La maintenance des routes et les problèmes de voirie n'intéressaient guère, manifestement, les cités grecques. Sur ces chemins, seul le piéton et les ânes, déjà très utilisés, peuvent se risquer. Même les routes dites "carrossables" sont des chemins améliorés par des ornières artificielles adaptées à l'écartement des roues d'un attelage (1,40m environ) sur les tronçons les plus fréquentés, entre autres le parcours des processions : Athènes-Delphes, Athènes-Éleusis, etc. Les "routes" sont donc fort étroites et l'on ne peut s'y croiser (Sophocle, Oedipe-Roi). Les attelages, d'ailleurs, n'étaient que des chariots rustiques, ouverts, à deux ou quatre roues, traînés par des boeufs ou des mulets, très rarement des chevaux ; une capote pour se protéger des intempéries ou du soleil, n'apparaît que vers le IVe siècle. Enfin, presque aucune borne n'indique les distances ; seuls les hermès tricéphales (à trois têtes) indiquent, aux carrefours, une direction d'ensemble. On peut donc se perdre facilement. Depuis le Ve siècle, il existait cependant quelques repères : l'autel des Douze Dieux, sur l'Agora d'Athènes, servait de point de départ pour calculer les distances (jusqu'au temple d'Olympie, par exemple, 1500 stades, soit 266 kilomètres). Quant au temps que l'on mettait à parcourir ces distances, il est difficile à évaluer : un "bon marcheur" pouvait parcourir 200 stades par jour, soit environ 35 kilomètres, mais un courrier, qui achemine le courrier rapide, parcourut, dit-on, la distance de Sparte à Athènes (environ 200 kilomètres) en moins de vingt-quatre heures ; c'est ce courrier, d'ailleurs, qui est devenu, dans la légende, le "coureur de Marathon". Enfin, si l'on trouve une rivière ou un fleuve sur sa route, on remonte parfois jusqu'à la source pour les franchir à gué. Seules les exigences d'une armée en route incitent à construire un pont de bateaux, comme le fit Xerxès en 481 pour franchir l'Hellespont (Hérodote, Histoires) ou plus tard Alexandre franchissant ainsi l'Euphrate. Les ponts de bois ou de pierre construits en Grèce sont, en général, d'une technique archaïque ou peu sûrs. On recourt donc souvent aux bacs et aux radeaux (Xénophon, Anabase). L'insuffisance des moyens de communication en Grèce est donc manifeste.

C'est seulement à la fin du Ve et au IVe siècles que, sur le modèle de ce qu'avait fait Cyrus en Perse (Hérodote, Histoires), on commença à organiser des relais, des étapes et que naquirent les premières cartes et itinéraires. C'est surtout l'expédition d'Alexandre qui fit progresser les conditions du voyage : le roi s'était fait accompagner d'un grand nombre de savants, d'arpenteurs ou de courriers qui mesuraient les étapes parcourues et relevaient des détails concernant l'économie locale ou l'environnement des régions traversées. Ainsi commencèrent à apparaître ce qu'on pouvait déjà appeler des "guides de voyage" dans lesquels, sans doute, on devait trouver les mesures de distance habituellement en usage en Grèce : le pied (env. 30 centimètres), le pas (env. 75 centimètres), le plethre (env. 30 mètres), le stade (env. 180 mètres) et la parasange (mesure perse valant environ 6 kilomètres)


LE VOYAGE DANS L'ANTIQUITÉ