l'accueil et l'hébergement


Les ambassadeurs, les légats ont intérêt à posséder une fortune personnelle : voyage, attente, négociations, séjour sont fort longs ; le logement pose aussi quelques problèmes : rarement les cités prévoient l'hébergement des envoyés officiels et les frais de mission n'existent pas ; ils doivent donc compter sur leurs relations personnelles, d'où le jeu, souvent subtil et pas toujours très "transparent" de leurs négociations ... Les pèlerins, les marchands, eux, au cours de leurs déplacements, se sont constitué des relais et ont en tête une série d'adresses où ils peuvent trouver le gîte et le couvert (Flavius Josèphe, La guerre des Juifs). N'oublions pas le sens très développé (encore de nos jours) de l'hospitalité en Grèce, "le seul pays avec la France où le mot "hôte" (xénos, en grec) désigne à la fois celui qui reçoit et celui qui est reçu", disaient, il y a quelques années, les agences de tourisme grecques. Les liens qui s'établissent alors demeurent valables au-delà du temps et de l'espace. Il faut tout de même préciser que le voyageur doit se présenter comme un pair ; s'il est trop différent, il a intérêt à se mettre d'abord à l'abri d'un sanctuaire et y rester comme suppliant. Dans les relations internationales, un représentant, semblable à peu près à un consul ou un légat actuels, (proxénos) prend en charge dans les cités étrangères ses concitoyens de passage. Il permet d'abord d'éviter de chercher un interprète : la langue grecque, en effet, ne fut parlée sur tout le pourtour de la Méditerranée qu'au IVe siècle (c'est ce qu'on appelle la koinè) ; il facilite aussi les contacts entre l'arrivant et le pays qui l'accueille (Euripide, Les Suppliantes). C'est ainsi qu'on peut, avant son départ, consulter la liste des proxènes qui se trouvent sur la route que l'on va emprunter.

Bientôt aussi les grands sanctuaires installent et développent une hôtellerie publique, comme à Délos ou Épidaure. Au début, seule une partie de l'enceinte sacrée est réservée aux pèlerins pour qu'ils puissent y dresser leurs tentes (Euripide, Ion) ; puis on construit des auberges d'État près des temples (Thucydide, Histoire de la guerre du Péloponèse), mais la plupart du temps elles sont très insuffisantes. En dehors des sanctuaires, les auberges (pandokeia) installées le long des routes sont plutôt misérables et leurs clients parfois peu recommandables (Aristophane, Les Grenouilles) ; les prix y sont toujours exorbitants (Platon, Lois) et la promiscuité fort grande.

D'ailleurs le problème de l'argent constitue encore une autre difficulté : pas de chèque ni de lettre de change ; il faut emporter des pièces d'argent ou, mieux, d'or, mais c'est fort lourd et les pièces ne sont pas acceptées ni échangées au même taux partout. On emporte donc des pièces d'orfèvrerie et on pratique le troc (Hérodote, Histoires). Pour les voyages fréquents on laisse en gage dans une banque ou chez son hôte attitré un dépôt. Tout doit donc reposer sur la confiance et la bonne foi réciproques ... (Hérodote, Histoires). Les véritables changeurs n'apparaissent qu'au IVe siècle et il n'y a aucun taux officiel du change.


LE VOYAGE DANS L'ANTIQUITÉ