Le voyage à Rome


Comme il a été dit au début de cette étude, le comportement du Romain face au voyage est bien différent de celui du Grec. Très attaché à la terre et assez casanier le paysan romain a fait, par obligation, du tourisme militaire et, si les Romains ont connu d'autres pays que le leur, et des pays fort éloignés, c'est parce que les légionnaires se sont transportés de plus en plus loin au fil des années et des conquêtes. Mais ils n'ont jamais éprouvé le besoin de retourner en "touristes" dans ces pays lointains dont certains, pourtant, leur avaient laissé de merveilleux souvenirs... Au reste, à partir de Marius et de César, on distribue aux vétérans (les soldats qui ont terminé leur temps réglementaire de service militaire) des terres conquises. Ces "colonies" furent disséminées dans tout l'Empire et jouèrent un grand rôle dans la romanisation des pays conquis. Aux yeux des Romains, en effet, seule la sédentarité est vertueuse : si le pater familias se déplace (le paysan se rend au marché, le propriétaire va inspecter sa "villa" à la campagne), sa femme, elle, n'a pas le droit de passer plus de deux nuits hors de sa maison. Si l'on doit partir en voyage, on multiplie les précautions vis-à-vis de la divinité et le moindre signe suspect fait annuler le voyage (Suétone, Auguste). En ce qui concerne la vocation maritime, si nette chez les Grecs, elle est inexistante chez les Romains qui ne deviendront marins, là encore, que par obligation ; nous possédons de multiples exemples, à toutes les époques, des frissons d'épouvante éprouvés devant les périls de la mer : hantise de l'expatriation lointaine, hantise de périr en mer et de rester sans sépulture...(Properce, Élégies) D'autre part, les Romains ressentent une haine viscérale pour les thalassocraties maritimes( Cicéron, de Republica).

Donc, le Romain sensé reste chez lui ou, au mieux, il se déplace vers une villégiature agréable, un second "chez soi". Peut-être y rêvera-t-il, l'imagination aidant, à des pays fabuleux comme ceux de l'Orient, à l'écoute de ceux qui sont allés jusque là. De ce fait, la question du voyage celui de l'homme actif qui se déplace, mais aussi le voyage en tant que sujet de connaissance ou de méditation sur soi devient un sujet récurrent chez les écrivains et les philosophes.


Nous étudierons donc dans une première partie les différentes sortes de voyages les conditions matérielles de ces voyages (déplacements sur mer et surtout sur terre, hébergement...), puis, dans une seconde partie, l'évolution de la littérature de voyage (géographie, étude des peuples étrangers, attitude philosophique vis-à-vis du voyage).


LE VOYAGE DANS L'ANTIQUITÉ