Voyages religieux

Il n'y a, chez les Romains, aucun équivalent des grands sanctuaires helléniques auxquels se rendaient les foules grecques, lors des panégyries, à des dates régulières. Chez les Romains, les "voyages" religieux se bornent à quelques processions et offrandes de sacrifices non loin de chez soi. Ainsi en va-t-il des Féries latines (procession jusqu'à Lavinium) où les magistrats revêtus de l'imperium se rendent pour inaugurer ou clôturer leur charge. Les fêtes religieuses des Romains sont liées à d'antiques rites agraires conservés jusqu'à la fin de la République. Ainsi en est-il des Arualia (du mot latin arua = les champs labourés) ou des Lupercales, qu'on célébrait pour assurer la fécondité des champs. De même, les Consualia, en l'honneur du dieu Consus (sans doute dieu des silos et des greniers), auxquels les Romains invitèrent les Sabins... et ce fut le fameux enlèvement des Sabines (Ovide, L'Art d'aimer). Cette localisation des rites, et donc des dieux, correspond à un environnement par les sacra que le voyage lointain détruit. Ce tabou du voyage nous est confirmé par les témoignages primitifs que nous possédons et qui mettent l'accent sur le déracinement que représentent les migrations. Il est assez symptomatique que les fondateurs légendaires de dynasties (le Troyen Énée, le gréco-toscan Lucumon, devenu Tarquin l'ancien) soient des fugitifs qui aspirent à se sédentariser à nouveau autour d'un culte local. Ce tabou explique aussi que, primitivement, les prêtres ont l'interdiction absolue de se déplacer, cette interdiction demeurera permanente pour les Vestales (Tite-Live, Histoire romaine).


LE VOYAGE DANS L'ANTIQUITÉ