Voyages officiels

À partir de la fin du IIIe siècle et surtout au IIe, les ambassades entre Rome et le monde grec se multiplient. De nombreux souverains orientaux viennent à Rome en mission et, en sens inverse, de nombreux légats romains se rendent en Grèce et en Orient où ils se comportent en véritables plénipotentiaires(Tite-Live, Histoire romaine). Quant aux imperatores, ils s'efforcent souvent de concilier guerre, diplomatie et tourisme culturel ou religieux.

Il existe aussi des missions d'exploration, comme celle confiée à Scipion Émilien en 136-133 av. J.-C. en Grèce et en Orient pour étudier les mentalités de ces pays. Sous l'Empire se développe une politique systématique d'exploration. Mécène a ainsi beaucoup circulé entre Italie et Grèce, mais il sait prendre son temps et ses aises au cours de ses déplacements. Agrippa, lui, gendre de l'empereur Auguste, et grand administrateur (le Pont du Gard lui doit son existence) a multiplié les tournées dans l'Empire : en Espagne, où il participe à la mensuration de la Bétique, (= l'Andalousie actuelle) et surtout en Orient où il effectue une grande tournée en 23-22 av. J.-C. ainsi qu'en Grèce. Il s'intéresse plus à l'urbanisme et à l'administration qu'à l'art proprement dit. En revanche, Germanicus, envoyé en mission en Arménie (18-19 ap. J.-C.) s'attarde en Grèce et en Asie romaine, puis, après sa mission, entreprend un voyage archéologique en Égypte (Tacite, Annales). Plus tard, il explore les rives de la mer Baltique où il perd, lors d'une tempête, la plus grande partie de sa flotte (Tacite, Annales). Néron, lui, envoie une expédition pour reconnaître les sources du Nil.

À ces ambassades, ces missions officielles et ces voyages d'exploration (les trois éléments étant souvent étroitement imbriqués) il faut ajouter, sous l'Empire, les voyages du prince ; celui-ci va inspecter ses provinces et se montrer : en Orient, notamment, voir César (l'empereur) c'est voir le dieu vivant...L'inscription "aduentus augustus" ("auguste venue du prince") figure sur de nombreuses monnaies. Les empereurs se déplacent avec une escorte (comitatus) composée de leurs collaborateurs et de leur garde prétorienne. Ces voyages lointains, ces longues absences créent un vide à Rome et suscitent une angoisse qui expliquent l'allégresse et les réjouissances qui saluent le retour de l'empereur, ainsi qu'en témoignent également de nombreuses monnaies portant l'inscription Fortuna redux (= la Fortune qui préside au retour). Auguste se rend en Gaule (16 av. J.-C.) pour y mater une rébellion de certains peuples germaniques mais il y reste trois ans pour affermir l'autorité de Rome (Horace, Odes). Bientôt tout voyage impérial sera à finalités multiples : inspection des provinces et des armées mais aussi curiosité personnelle. L'expédition de l'empereur Claude en (Grande) Bretagne fut une expédition militaire facile mais il avait emmené avec lui plusieurs savants et, au retour, avait traversé toute la Gaule par le réseau routier de ce pays et, en Italie, avait emprunté une partie du Pô avant d'arriver à Ravenne. Néron, lui, organise un voyage en Grèce (64 ap. J.-C.) pour des raisons politiques mais aussi et surtout pour montrer ses talents de musicien et d'acteur. C'est pendant ce voyage que, de façon spectaculaire, sa garde prétorienne entame le percement de l'isthme de Corinthe, cependant que l'empereur se montre dans tous les concours grecs (Olympiques, Isthmiques, Pythiques...) pour y concourir, être admiré, déclaré vainqueur et couronné... Il se déplace avec un équipage fastueux et toute une troupe de jeunes chevaliers qui lui sert de claque(Suétone, Vies des douze Césars). Son retour à Rome reproduit le rituel du triomphe.

Ce voyage de Néron modifie pour l'avenir les voyages impériaux : l'action culturelle y aura désormais toujours sa place. C'est particulièrement manifeste dans les voyages de l'empereur Hadrien (IIe siècle ap. J.-C.), empereur "voyageur" par excellence. Celui-ci s'est promené, en effet, en Égypte et en Asie mais surtout en Grèce et, contrairement à Néron, dans un équipage dépourvu de tout confort : dans ses tournées d'inspection militaire il partage entièrement la vie des troupes (M. Yourcenar, Mémoires d'Hadrien).. Ses nombreux voyages et séjours en Grèce ont une fonction politique et religieuse à la fois : il s'agit de renforcer le culte impérial. Hadrien visite aussi toute l'Asie romaine et contribue financièrement aux initiatives prises par les édiles des cités. Il fonde des thermes en Asie et dote Athènes d'une splendide bibliothèque grecque et latine. Il accomplit aussi toute une série de pélerinages historiques, de la tombe d'Agamemnon à celle d'Alcibiade (Histoire Auguste)

Marc-Aurèle, à son tour, séjourne à Athènes et se fait initier, comme Hadrien, aux mystères d'Éleusis. Sous le Bas-Empire, Septime-Sévère et Caracalla sont, eux aussi, de grands voyageurs et leurs tournées administratives (règlements de problèmes locaux) constituent aussi des voyages d'agrément : intérêt pour l'archéologie ou pour la beauté des paysages traversés. Au total les voyages impériaux constituent souvent des opérations de prestige mais contribuent à maintenir l'unité politique de l'Empire


LE VOYAGE DANS L'ANTIQUITÉ