voyages par mer

Contrairement au Grec dont la mer est l'horizon principal, dont la famille est, plus ou moins (encore de nos jours) dispersée dans les îles de la mer Égée et qui, par conséquent, voyage très souvent sur l'eau, le Romain se déplace surtout par voie de terre. Celle-ci lui convient mieux, de toutes façons, l'élément liquide étant, de surcroît, l'objet de nombreux tabous.

Cependant par la force des choses (réseau routier insuffisant et surtout fatigues variées imposées par le voyage par la route), le navire est utilisé, pratiquement, assez souvent, comme de nos jours l'avion, car il est souvent plus rapide, pour le transport des personnes et, surtout, des marchandises.

On ne voyage, bien sûr, qu'entre le printemps et l'automne, mais on voyage sans boussole et sur des bateaux dépourvus de gouvernail arrière ; on préfère donc la navigation côtière, pour les escales et le ravitaillement, à la navigation hauturière. Encore faut-il affronter, même en plein été (Cicéron, ad Atticum) des vents contraires (notamment dans le sens est-ouest de la navigation) ou des courants dangereux, comme celui de l'Euripe (entre la Grèce continentale et l'île d'Eubée), du détroit de Messine, (entre l'Italie et la Sicile) ou du cap Malée (au sud du Péloponnèse). Si on a le malheur de voyager au moment de l'équinoxe, on risque les tempêtes, même dans le sens ouest-est. Les naufrages sont fréquents, surtout, comme cela arrive bien souvent, lorsque le navire est surchargé d'hommes et de marchandises, (qu'on jette souvent afin d' éviter le naufrage) (Juvénal, Satires) pour des raisons de rentabilité. De nombreuses inscriptions funéraires témoignent de ces naufrages, évoquant le malheur du manque de sépulture et de la privation des honneurs funèbres traditonnels (Hérédia, Les Trophées).

Autre péril : les naufrageurs qui pillent les épaves mais se soucient peu de porter secours aux naufragés.

Mais le plus grand péril réside encore dans la présence des pirates qui, outre le butin, cherchent à capturer des hommes pour les vendre comme esclaves. Bien abrités dans la moindre anfractuosité des côtes, ils fondent à l'improviste sur leur proie (Suétone, Vies des douze Césars). Longtemps ils restèrent impunis d'autant qu'ils pouvaient parfois être mobilisés, avec leurs vaisseaux ultra-rapides, à des fins politiques : un Mithridate, par exemple, utilisait des pirates ciliciens contre Rome. Il n'était pas besoin, souvent, de les rémunérer de leurs services : ils se payaient sur le butin conquis. Néanmoins Rome entreprit peu à peu, dès le troisième siècle avant J.-C., de protéger ses côtes contre les incursions des pirates en fondant des colonies maritimes comme Ostie.

De quels bateaux dispose-t-on pour naviguer ? Ce sont essentiellement ce que nous appelons des cargos, la notion de "paquebot" n'existant même pas. Par vent favorable ces bateaux filent à environ cinq noeuds. Mais lorsque l'on navigue d'est en ouest (cf. plus haut) le voyage peut durer cinq fois plus longtemps que dans l'autre sens : de Carthage à Ostie, il faut quatre ou cinq jours de navigation, mais d'Alexandrie à Ostie, il en faut vingt.

Contrairement aux navires de guerre (naues longæ), rapides, propulsés à la voile et à la rame, les navires de commerce (naues onerariæ) se signalent par leur forme rebondie et ils sont en général pontés. Ils sont propulsés uniquement à la voile. C'est sur ces cargos que, la plupart du temps, voyagent les passagers et ils sont parfois plusieurs centaines (Actes des Apôtres). Les marchandises, elles, sont constituées de vins, de blé venant de Sicile, d'Afrique du Nord ou d'Égypte ; sous l'Empire, on transporte aussi, pour les combats du cirque, des bêtes sauvages (lions, tigres, éléphants, etc.) : les mosaïques de Piazza Armerina, en Sicile, en témoignent .

Sur ces cargos on n'a prévu pour les passagers aucun aménagement particulier. Ils s'abritent généralement sous une tente ; au mieux, ils sont couchés sur une natte lorsque le navire est ponté, ou, au pire, au fond du tillac, dans la sentine. Pour prix de son passage le voyageur a droit à la fourniture d'eau potable et à la possibilité de cuire les aliments qu'il a emportés et qu'il mange dans sa propre vaisselle. Dans ces conditions, le prix du voyage reste modique. Encore faut-il être en mesure de manger ! Le mal de mer (nausea) est la hantise permanente du Romain (Sénèque, Lettres). Entre les mouvements de la mer et les mauvaises odeurs venus de la sentine, il y a de quoi, effectivement, retourner un estomac ...

En cas de tempête ou de danger, les passagers aident aux manoeuvres, hissent le canot de sauvetage ou aident à jeter à l'eau une partie de la cargaison ou, parfois, des esclaves dont on se débarrasse. Les marins pensent plus à se sauver eux-mêmes qu'à assurer le sauvetage des passagers. Lorsque la navigation est tranquille, on essaie de tuer le temps comme on peut : pêche au harpon, jeux, chansons ou histoires racontées, plus ou moins fantaisistes.

Sur les fleuves ou les lacs, en revanche, on peut rencontrer des navires de plaisance (uoluptatis causa) ; ce sont des barques plus ou moins spacieuses qui naviguent sur les rivières de Campanie ou sur les lacs Averne ou Lucrin. Il existe aussi un coche d'eau pour aller de Terracine à Aricie par un canal lorsque la uia Appia est coupée par les eaux.


LE VOYAGE DANS L'ANTIQUITÉ