voyages par terre

Ils étaient lents, certes, mais ils semblaient plus "sûrs" ; était-ce vrai ? voire... Examinons d'abord l'état des routes (uiæ). Contrairement aux Grecs, les Romains ont été de grands bâtisseurs de routes : il fallait assurer d'abord les communications et, surtout, la sécurité dans l'ensemble de l'Empire ; les routes ont donc un rôle stratégique autant qu'économique.

La chaussée est constituée essentiellement de pierres irrégulières prises dans du ciment posées sur un socle de maçonnerie ; le revêtement est fait de gros pavés de forme polygonale. La chaussée présente une forme convexe pour permettre l'écoulement de l'eau, et les bas-côtés servent de trottoirs aux piétons. Les routes ont une largeur de quatre à six mètres environ. Leur tracé dépend évidemment des servitudes géographiques mais on recherche le plus possible la ligne droite, quitte à construire des ponts dont certains sont de véritables oeuvres d'art (cf. le pont du Gard, par exemple), ou à percer la montagne de tunnels (Sénèque, Lettres). Les ponts doivent d'ailleurs être souvent restaurés car ils sont périodiquement endommagés par les crues des rivières.

Ces routes sont peu confortables et pour les bêtes (ni les chevaux ni les mulets ne sont ferrés) et pour les voyageurs qui circulent dans des voitures dont les roues sont cerclées de fer. De plus les intempéries détériorent constamment l'état des routes : flaques, boue et fondrières ou la poussière rendent le voyage pénible au voyageur ; les ornières jouent aussi leur rôle et souvent les moyeux se rompent, entraînant de longs retards.

Tout le long des routes se trouvent des gîtes d'étape (mansiones) qui les jalonnent tous les soixante kilomètres environ (représentant un jour de voyage). Ces gîtes servent aux corps de troupes en mouvement mais les particuliers peuvent s'y arrêter pour se restaurer et rafraîchir leurs bêtes. On trouve aussi sur ces routes des relais de poste (mutationes) où l'on pouvait se procurer des chevaux frais.

Les distances sont indiquées par des bornes milliaires qui doivent leur nom au fait qu'elles portent la distance en mille (environ 1500 m). Le milliaire d'or, placé par Auguste au Forum romain marque le départ de toutes les routes de l'empire et on peut y lire le nom des principales villes et leur distance à partir de Rome. (C'est depuis ce temps que l'on dit que "toutes les routes mènent à Rome" ce qui n'est d'ailleurs plus vrai à l'époque de l'Empire).

Les grandes routes tirent leur nom du magistrat qui les a fait construire ou de la province qu'elles traversent. La première grande voie fut la Via Appia, commencée à l'initiative du censeur Appius Claudius en 312 avant J.-C. et qui mène à Brundisium (Brindisi), à 495 kilomètres de Rome. Outre la Via Appia, les principales routes sont : la Via Flaminia, qui traverse la Sabine et l'Ombrie jusqu'à Ariminum (Rimini), la Via Æmilia, qui se dirige vers le nord de la péninsule (Parme, Plaisance), la Via Aurelia, qui longe la côte ouest jusqu'à Gênes.

Contrairement au Grec qui se déplace beaucoup à pied, le Romain se déplace sur une monture, en général à cheval (c'est le cas pour les courriers de l'armée ou la poste impériale, cursus publicus) ou en voiture tirée par des chevaux ou des mulets. Les voitures rapides sont à deux roues : le cisium, l'essedum ou esseda (sorte de cabriolet), le carpentum (voiture couverte) pour une ou deux personnes. La ræda (empruntée aux Gaulois) est une voiture plus spacieuse (quatre personnes) et plus confortable, permettant de transporter des bagages, mais plus lente ; la basterna est porté par deux mulets, un devant et un derrière, qui la font ressembler à un palanquin ; munie de coussins moelleux, elle est destinée surtout aux femmes. Les grandes familles ont leur parc de voitures particulières et c'est à qui aura l'équipage le plus voyant (Sénèque, Lettres). Il n'existe donc pas, à proprement parler, de transport public pour les particuliers, mais de nombreuses stations de voitures de louage se trouvent à l'entrée des grandes routes et ces entreprises de transport de personnes (et de marchandises) sont extrêmement prospères.

La vitesse sur la route dépend du poids de charge, d'autant que l'attelage est défectueux (souvent un simple collier, quelquefois le joug). Pour les convois de marchandises cette vitesse ne dépasse pas 30 kilomètres par jour ; pour les personnes, 60 kilomètres.

Malgré la bonne organisation des routes et de leurs relais, la sécurité n'y est guère assurée et le brigandage y sévit. Dans les premiers siècles de notre ère, les brigands (latrones) fourmillent dans les régions montagneuses mais aussi sur les grandes routes qui mènent à Rome et même à l'intérieur de la Ville. Le Haut Empire faisait donc surveiller les points névralgiques des axes routiers par de jeunes soldats placés sous l'autorité du gouverneur ; ils portaient une épée courte et un petit bouclier. Toutefois les milices locales sont nécessaires dans certaines villes d'Orient.

Tous ces inconvénients rendent le voyage aventureux et, quand bien même il est dépourvu de dangers, il est fastidieux par sa longueur. Certains s'en accommodent et utilisent la longueur du trajet pour lire ou pour écrire ; d'autres renoncent à poursuivre leur voyage, ou même à partir par crainte des fatigues, des misères physiologiques (changement d'alimentation, qualité incertaine de l'eau, vins trafiqués autres qu'italiens, bien sûr !)


LE VOYAGE DANS L'ANTIQUITÉ