hébergement et équipement de voyage

Les malheurs sur la route viennent aussi des étapes. Le voyageur grec trouvait toujours un hôte pour l'accueillir et les Romains, dès l'époque républicaine, pratiquèrent aussi l'hospitalité : Cicéron use souvent d'une recommandation (commendatio) auprès de ses correspondants pour leur faire accueillir un de ses protégés ou celui d'un de ses amis. Sénèque et Pline le Jeune en font autant. Mais si le voyageur de marque ou le magistrat en mission officielle évite ainsi les hôtelleries publiques (question, aussi, de decorum) et compte sur l'hospitalité, le voyageur ordinaire doit se résoudre à l'hôtellerie payante. Ces lieux d'hébergement portent le nom de deuersorium (endroit où le voyageur descend) ou de caupona (auberge) ou de stabulum (auberge pouvant accueillir aussi les chevaux). Ces lieux ont plutôt mauvaise réputation (Cicéron, de Inuentione): déclassés et marginaux s'y rencontrent, beuveries et prostitution y cohabitent. La literie est douteuse ; blattes et, surtout, moustiques (dans la région des marais Pontins notamment) y harcèlent le client. Quant au caupo (l'hôtelier), responsable de ses hôtes de passage, il les surveille d'un oeil méfiant. D'où de nombreuses contestations entre le tenancier de l'auberge et ses clients (Pétrone, Satiricon). Outre les cauponæ, nombreuses aussi sont les tabernæ, auberges parfois plaisantes où l'on aime à s'attarder autour d'une bonne table située dans un beau cadre (Rutilius Namatianus, de Reditu).

Autre source de difficultés : la question de l'argent. Pour les riches, il n'y a aucun problème : transferts d'argent et prestations gratuites de l'hospitalité facilitent les choses, mais le voyageur ordinaire doit se charger de pièces (son uiaticum, viatique) qu'il risque fort de perdre, détroussé par les voleurs de grands chemins.

Et les bagages ? Il faut emporter la quasi-totalité de ce dont on a besoin pour la vie quotidienne ; d'où la nécessité de bagages importants, comprenant, outre l'argent, de la vaisselle courante. La valise (auerta) peut être en cuir mais le plus souvent on voyage avec des coffres ou des cassettes en osier comme la cista. Ces bagages sont souvent le lot d'un porteur. Tout cela ralentit l'allure. Si l'on est un peu pressé on dépose donc ces bagages chez quelqu'un mais la pratique comportait évidemment des risques ...

Quant au costume de voyage il n'y en a pas à proprement parler. On se contente d'abandonner la toge pour adopter la tunique courte, plus commode pour monter à cheval. Le manteau de voyage n'apparaît que sous l'Empire ; c'est la pænula, lourd manteau à capuchon, hérité des Celtes, en laine ou en feutre. On connaît même l'imperméable, en peau, scortea.

On voit donc que pour se lancer sur les mers ou sur les routes il faut un certain courage ! Outre les difficultés que nous avons signalées, il fallait aussi compter avec l'impossibilité de communiquer en pays étranger avant que le latin ne s'imposât comme langue unique dans l'ensemble de l'Empire ; avec l'infidélité des guides lorsqu'on a besoin de leurs services ; avec les tracasseries du fisc : il existe des taxes variées d'octroi (pour les marchandises) et de péage, portorium (à l'entrée des ports, des routes, et même des ponts) ; et surtout avec une xénophobie plus ou moins endémique : ainsi en 88 avant J.-C, sur l'instigation de Mithridate, près de 100.000 Italiens furent massacrés dans les villes grecques où ils résidaient.

Cependant le voyageur romain, surtout à partir de l'Empire, est, juridiquement, plus en sécurité, pendant le temps de son voyage, que le Grec : les pays conquis, désormais intégrés à l'Empire et la citoyenneté romaine plus répandue créent une sorte de structure internationale où le Romain retrouve ses repères habituels. D'autre part, les échanges se multiplient et des facilités bancaires apparaissent. Maintenant que l'empire romain s'étend aux limites du monde connu les frontières ont disparu. Reste que le voyage est lent et pénible, limité à la belle saison et qu'on hésite toujours à s'éloigner de chez soi, qu'on le ressent comme une rupture. Le voyage touristique n'existe pas ; l'élite peut, lors d'un voyage officiel imposé, saisir l'occasion de s'intéresser aux pays traversés et à leurs habitants, mais ces privilégiés emportent leur petit monde avec eux et ne cherchent nullement à adopter un genre de vie nouveau même s'ils sont capables d'apprécier ce qui à leurs yeux est extra-ordinaire.


LE VOYAGE DANS L'ANTIQUITÉ