Héphaïstos accueille Thétis.

«Ah! c'est une terrible, une auguste déesse, qui est là sous mon toit ! c'est celle qui m'a sauvé, à l'heure où, tombé au loin, j'étais tout endolori, du fait d'une mère à face de chienne, qui me voulait cacher parce que j'étais boiteux. Mon coeur eût bien souffert, si Eutynomè et Thétis ne m'avaient alors recueilli dans leur giron — Eurynomè, fille d'Océan, le fleuve qui va coulant vers sa source. Près d'elles, durant neuf ans, je forgeais mainte oeuvre d'art, des broches, des bracelets souples, des rosettes, des colliers, au fond d'une grotte profonde, qu'entoure le flot immense d'Océan, qui gronde, écumant. Mais nul n'en savait rien, ni dieu ni mortel. Thétis et Eurynomè étaient seules à savoir, elles qui m'avaient conservé la vie. Et la voici aujourd'hui qui vient chez nous ! est-il donc pour moi plus pressant devoir que de payer aujourd'hui à Thétis aux belles tresses toute la rançon de ma vie. Allons ! sers-lui vite le beau repas des hôtes, tandis que je rangerai, moi, mes soufflets et tous mes outils.»

Il dit et quitte le pied de son enclume, monstre essoufflé et boiteux, dont les jambes grêles s'agitent sous lui. Il écarte du feu ses soufflets ; il ramasse dans un coffre d'argent tous les outils dont il usait ; il essuie avec une éponge son visage, ses deux bras, son cou puissant, sa poitrine velue. Puis il enfile une tunique, prend un gros bâton et sort en boitant. Deux servantes s'évertuent à l'étayer. Elles sont en or, mais elles ont l'aspect de vierges vivantes. Dans leur coeur est une raison ; elles ont aussi voix et force ; par la grâce des Immortels elles savent travailler. Elles s'affairent pour étayer leur seigneur.

Homère, Iliade, XVIII, v. 394-421


HÉPHAÏSTOS