Les armes d'Achille.

Il [...] se dirige vers ses soufflets. Il les tourne vers le feu et les invite à travailler. Et les soufflets — vingt en tout — de souffler dans les fournaises. Ils lancent un souffle ardent et divers, au service de l'ouvrier, qu'il veuille aller vite ou non, suivant ce qu'exigent Héphaïstos et les progrès de son travail. Il jette dans le feu le bronze rigide, l'étain, l'or précieux, l'argent. Il met sur son support une grande enclume. Enfin, dans une main, il prend un marteau solide et, dans l'autre, sa pince à feu.

Il commence par fabriquer un bouclier, grand et fort. Il l'ouvre adroitement de tous les côtés. Il met autour une bordure étincelante — une triple bordure au lumineux éclat. Il y attache un baudrier d'argent. Le bouclier comprend cinq couches. Héphaïstos y crée un décor multiple, fruit de ses savants pensers. Il y figure la terre, le ciel et la mer, le soleil infatigable et la lune en son plein, ainsi que tous les astres dont le ciel se couronne. [...] Il y figure aussi deux cités humaines — deux belles cités. (Dans l'une figurent des noces, l'autre est entourée de deux armées) [...] Il y met aussi une jachère meuble, un champ fertile. [...] Il y met encore un domaine royal. [...] Il y met encore un vignoble lourdement chargé de grappes, beau et tout en or. [...] L'illustre Boiteux y modèle encore une place de danse toute pareille à celle que jadis, dans la vaste Cnosse, l'art de Dédale a bâtie pour Ariane aux belles tresses. [...] Il y met enfin la force puissante du fleuve Océan, à l'extrême bord du bouclier solide.

Une fois fabriqué le bouclier large et fort, il fabrique encore à Achille une cuirasse plus éclatante que la clarté du feu ; il fabrique un casque puissant bien adapté à ses tempes, un beau casque ouvragé, où il ajoute un cimier d'or ; il lui fabrique des jambières de souple étain.

Homère, Iliade, XVIII, v. 468-613, passim.


HÉPHAÏSTOS