Combat du feu et de l'eau.

La houle bouillonnante du fleuve tombé du ciel est là, qui se soulève et monte et cherche à écraser le Péléide. Hèra pousse un grand cri. Elle a pris peur pour Achille : le puissant fleuve aux tourbillons profonds ne va-t-il pas l'enlever ? Vite elle s'adresse à son fils Héphaïstos : «Debout ! Bancal, mon fils : le Xanthos tourbillonnant m'a toujours semblé un adversaire fait pour toi. Vite, à la rescousse ! déploie largement ta flamme. [...] Le long des berges du Xanthe toi, brûle les arbres et livre-le lui-même au feu, sans te laisser distraire par des mots apaisants ni par des menaces.» [...] Elle dit ; Héphaïstos prépare un prodigieux incendie. C'est dans la plaine qu'il s'allume d'abord. Il brûle les morts innombrables, victimes d'Achille, qui encombrent le fleuve. Toute la plaine est asséchée, l'eau brillante suspend son cours. [...] Il tourne alors vers le fleuve sa flamme resplendissante. Voici les ormeaux qui brûlent, et les saules, et les tamaris ! le lôtos brûle aussi, et le jonc et le souchet, qui ont poussé en abondance le long des belles eaux du fleuve. Les anguilles sont au tourment, et tous les poissons. Dans les tourbillons, dans les belles eaux courantes, ils culbutent en tout sens, tourmentés par le souffle de l'ingénieux Héphaïstos, la force du fleuve brûle ! [...] Des bulles jaillissent sur ses belles eaux. Comme bout l'intérieur d'une bassine, où fond la graisse d'un porc grassement nourri, et que de tous côtés attaque le grand feu qui jaillit du bois sec entassé par dessous, ainsi sous l'action du feu, flambent les belles eaux du Xanthe. Son flot bout ; il ne peut plus avancer : il est arrêté ; et le souffle de l'ingénieux Héphaïstos le tourmente brutalement. (Le fleuve supplie Hèra et s'engage par serment à ne plus intervenir en faveur des Troyens). À peine la déesse aux bras blancs, Hèra l'entend-elle que vite elle s'adresse à son fils Héphaïstos : «Héphaïstos, mon illustre enfant, arrête. Il ne sied pas, pour des mortels, de maltraiter ainsi un dieu immortel.» Elle dit ; Héphaïstos éteint le prodigieux incendie, et le flot, reculant, redescend au lit de ses belles eaux.

Homère, Iliade, XXI, v. 326-382 passim.


HÉPHAÏSTOS