Le supplice de Prométhée

POUVOIR — «Nous voici sur le sol d'une terre lointaine, cheminant au pays scythe, dans un désert sans humains. Héphaïstos, à toi de songer aux ordres que t'a dictés ton père et, sur ces rochers aux cimes abruptes, d'enchaîner ce bandit dans l'infrangible entrave des liens de bon acier. Car de ton apanage, du feu brillant d'où naissent tous les arts, il a fait larcin, pour l'offrir aux mortels. Pareille faute doit se payer aux dieux. Qu'il apprenne donc à se résigner au règne de Zeus et à cesser ce rôle de bienfaiteur des hommes.

HÉPHAÏSTOS — Pouvoir et Force, la mission de Zeus pour vous est achevée ; rien ne vous retient plus. Mais moi, le coeur me manque pour enchaîner de force un dieu, mon frère, à ce pic battu des tempêtes. [...] (À Prométhée) «Fils aux pensers hardis de la sage Thémis, c'est malgré moi autant que malgré toi que je vais te clouer à ce roc désolé dans des noeuds inextricables d'acier. Là tu ne connaîtras plus ni voix ni visage humains, mais, brûlé des feux flamboyants du soleil, tu sentiras la fleur de ton teint se flétrir ; avec joie, toujours, tu verras la nuit dérober la lumière sous son manteau d'étoiles, le soleil à son tour fondre le givre de l'aurore, sans que la douleur d'un mal toujours présent jamais ne cesse de te ronger, car nul libérateur n'est encore né pour toi. Voilà ce que tu as gagné à jouer le bienfaiteur des hommes. Dieu que n'effraie pas le courroux des dieux, tu as, en livrant leurs honneurs aux hommes, transgressé le droit : en récompense, tu vas sur ce rocher, monter une garde douloureuse, debout toujours, sans prendre de sommeil ni ployer les genoux.»

Eschyle, Prométhée, v. 1-32


HÉPHAÏSTOS