VULCAIN

On présente habituellement Vulcain comme l'équivalent romain du dieu grec Héphaïstos. Ce n'est qu'à l'époque classique que cette assimilation eut lieu. En réalité, Vulcain est à l'origine un dieu proprement latin et totalement indépendant de l'hellénisme. Lorsque Romulus et le Sabin Titus Tatius eurent mis fin à leur guerre pour fonder une société romaine complète, ils instituèrent des cultes. Alors que Romulus n'institue qu'un seul culte, à Jupiter, Titus Tatius est censé introduire à Rome une série de dieux sabins (quatorze en plus de Quirinus), parmi lesquels Volcanus, lié à un dieu presque totalement inconnu Summanus (Tite-Live, Histoire romaine et Ovide, Fastes). Le successeur de Romulus, Numa Pompilius, roi sabin, crée la fonction de flamen volcanalis. Ce Volcanus représente la force qui préside aux destinées de la cité nouvelle ; comme il se trouve en compagnie de dieux représentant plus ou moins l'agriculture et la vie rurale (comme Ops ou Flore) on peut penser que les sacrifices offerts à Volcanus en août le sont pour éviter des incendies de récoltes.

Ce Vulcain primitif est dieu de la foudre (antérieurement à Jupiter — c'est d'ailleurs lui qui forge la foudre de Jupiter —) et du soleil (une vieille tradition faisait du dieu Apollon le fils de Vulcain et non de Jupiter). En 197 avant J.-C. la foudre frappe symboliquement les deux temples de Vulcain et de Summanus au forum. Ce dernier dieu, déjà considéré comme archaïque au temps d'Ovide, était aussi une incarnation du feu du ciel. On connaissait certains gâteaux en forme de roue qu'on appelait summanalia ; or, la roue est un des principaux symboles solaires. Vulcain et Summanus représentent donc tous deux la foudre, l'un pendant le jour (Vulcain) l'autre la nuit. On peut voir dans le nom de Summanus le préfixe sub- et le nom mane (= aux approches du, avant le matin)

Une des caractéristiques de Vulcain qu'on ne trouve pas chez Héphaïstos est à rapprocher, selon Dumézil, de la théorie indienne des feux : c'est le feu «affamé», celui qui guette, sur son bord, les mauvais esprits. Ce feu est donc à la fois utile et dangereux. En conséquence, son temple est construit hors les murs : selon Vitruve, cette règle se rapporte à la science étrusque et s'explique par la volonté de ne pas loger parmi les maisons de la ville un dieu qui peut les incendier. Autre explication : il faut tourner contre l'agresseur, contre l'ennemi la puissance du dieu (à noter que les temples de Mars sont également placés hors les murs). En tout cas, sur le champ de bataille, Volcanus reçoit les armes prises à l'ennemi pour les anéantir (Tite-Live, Histoire romaine).

En plus de son temple, situé près du Circus Flaminius (la première mention de ce temple remonte à 214 av. J.-C.), il existe un lieu de culte plus ancien à Vulcain, lieu qui, avant l'incorporation du Capitole à la ville, se trouvait aussi hors des limites de celle-ci : au pied du flanc sud-est du Capitole, s'étendait un petit espace libre, appelé Volcanal, avec un autel à ciel ouvert dont la flamme protégeait ainsi une des extrémités du Forum.

Enfin, primitivement aussi, Vulcain ne se distinguait pas du dieu Tibre : c'est donc aussi une divinité de l'eau. Mais eau et feu sont souvent associés dans la vie civile et religieuse et la mort civile consiste dans l'interdiction du feu et de l'eau.

Contrairement encore à Héphaïstos, Vulcain n'a pas pour épouse Vénus, mais Maia, divinité latine elle aussi, incarnation de la terre-mère (Macrobe, Saturnales). Leur union fut très féconde et dans leur postérité on place les Lares — même si une autre tradition donne à ceux-ci une origine étrusque ou, comme mère une nymphe du Latium, Lara... Mais on lui prête aussi d'autres descendants, illustres comme le roi Servius Tullius (Ovide, Fastes)

C'est donc à l'époque classique que Vulcain s'identifie à Héphaïstos, le dieu forgeron, qui forge la foudre de Jupiter et le char du soleil (Virgile, Énéide). Mais, là aussi, il connaît une étape intermédiaire : il s'identifie d'abord au dieu Mulciber. Deux étymologies sont proposées par les Romains eux-mêmes pour ce nom : soit le verbe mulcare (endommager) parce qu'une chute aurait endommagé la jambe du dieu (souvent représenté avec une jambe plus courte que l'autre ; de même pour Vulcain) — soit le verbe mulcere (amollir) parce que le feu amollit les métaux. C'est un dieu utilitaire, c'est le feu bienfaisant qui alimente les industries humaines. C'est pourquoi Virgile, imitant Homère et Hésiode, lui attribue la fabrication d'un merveilleux bouclier, celui d'Énée (Virgile, Énéide). Dieu des incendies, il les déclare mais peut aussi les éteindre. Enfin la transposition de Vulcain en Héphaïstos explique la présence de Vulcain aux côtés de Vesta, déesse du feu, sur le même puluinar lors du lectisterne décidé en 217 après la défaite de Trasimène.

Culte et fêtes

On les trouve à Rome, en Étrurie et dans les îles méridionales et surtout à Ostie.

Les Volcania ont lieu en août (le 23 ou le 25) à Rome. Il y a un concours de pêche : les poissons attrapés dans le Tibre sont jetés dans le feu (comme substitution de sacrifices humains). Ces Volcania sont précédées des Tubilustria (Ovide, Fastes)

En Étrurie et dans les îles (Lipari et Sicile) on honore le dieu forgeron issu d'Héphaïstos, qui habite les profondeurs des volcans (Stromboli et Etna) où il forge la foudre de Jupiter.

À Ostie, c'est le dieu primitif latin qu'on honore ; son pontifex Volcani et ædium sacrarum choisi à vie parmi les personnes les plus importantes, a la haute main sur tous les sanctuaires de la cité ; il était aidé dans sa tâche par les prêtres et les édiles sacris Volcani faciundis et tout ce qui se rapporte à ce culte démontre non seulement son importance mais aussi son ancienneté ; toutefois les raisons de la prééminence de ce culte à Ostie sur tous les autres demeurent encore en partie inconnues. Le dieu y possédait un temple imposant. En août se déroule un cycle de fêtes en son honneur : les Maiuma, par exemple, comportent un bain rituel dans la mer et une sorte de combat de pêcheurs. L'empereur et les premiers magistrats de la ville quittent Rome en procession pour se rendre aux fêtes d'Ostie. Enfin certaines fêtes du Tibre (assimilé à Vulcain) les Portunalia ont également lieu à Ostie : elles comportaient un rite qui consistait à porter des clefs sur un brasier au bord de la mer.

Représentations

Les représentations de Vulcain sont rares et le présentent le plus souvent en dieu forgeron, solidement musclé mais avec une jambe un peu plus courte que l'autre, vêtu comme un ouvrier d'une tunique courte (l'exomide) qui laisse libres le bras droit et l'épaule ; il est coiffé du pileus, bonnet des artisans. Dans les mains il porte ses insignes caractéristiques : marteau et tenailles ; quelquefois l'enclume.

Sur le Volcanal se trouvait une statue dite d'Horatius Coclès, en fait, de Vulcain ; frappée par la foudre, elle avait été déposée de façon telle qu'elle ne soit jamais effleurée par un rayon de soleil.

En France on a retrouvé plusieurs bas-reliefs avec des représentations de Vulcain et un grand nombre de dédicaces au dieu ; les Gaulois adoraient peut-être un dieu qu'ils assimilèrent à Vulcain. Le fameux pilier gallo-romain des nautes des Parisii porte toute une galerie de dieux, mettant côte à côte des dieux celtiques et des dieux romains. Sur la partie supérieure de ce pilier, on voit figurer, à côté de Jupiter et Vulcain, deux dieux celtiques ; on pense1 qu'il y a là une sorte de propagande par l'image pour la fusion religieuse «gallo-romaine».

1 Paul-Marie Duval : Paris antique 1961

 
Mythes et Mythologie Musée Vivant de l'Antiquité