La triste histoire de la princesse Io


Le choeur des Suppliantes interroge le roi d'Argos

Le coryphée - Ne dit-on pas qu'il y eut jadis ici, en Argolide, une gardienne du temple d'Hèra, Io ?
Le roi - Oui, sans nul doute : la tradition en est bien établie.
Le coryphée - Un récit ne dit-il pas que Zeus l'aima, bien que simple mortelle ?
Le roi - Et leurs étreintes n'échappèrent point à Hèra.
Le coryphée - Et comment finit la querelle royale ?
Le roi - La déesse d'Argos, de la femme fit une génisse.
Le coryphée - Et Zeus approcha-t-il encore la génisse ?
Le roi - On le dit, sous la forme d'un taureau sailliseur;
Le coryphée - Que fit alors l'opiniâtre épouse de Zeus ?
Le roi - À la génisse elle donna un gardien qui vit tout.
Le coryphée - Quel fut donc ce gardien voyant tout, attaché à la seule génisse ?
Le roi - Argos, fils de la terre, qui fut tué par Hermès.
Le coryphée - Qu'inventa-t-elle alors pour la pauvre génisse ?
Le roi - Un insecte affolant qui pourchasse les boeufs.
Le coryphée - Près du Nil les gens disent "un taon".
Le roi - Aussi la chasse-t-il d'Argos pour des courses sans fin.

Eschyle, Les suppliantes, v.291-309


"Ah ! un taon de nouveau me taraude, infortunée ! C'est le spectre d'Argos, fils de la Terre. Las ! Terre, éloigne-le ! Je m'épouvante quand je vois le bouvier aux yeux innombrables. Le voici qui s'avance, avec son regard perfide ! Même mort, la terre ne le cache pas : il sort des Enfers pour donner la chasse à l'infortunée, pour la faire errer, affamée, sur le sable qui borde les mers ![...] Hélas ! hélas ! où m'entraînent de si lointaines erreurs ? Quelle est, quelle est donc la faute que tu as surprise, pour m'avoir, fils de Cronos, attelée à de tels maux - hélas ! - et pour exténuer ainsi une pauvre folle dans une épouvante qui la pourchasse comme un taon ? Brûle-moi de ta flamme, cache-moi sous la terre, donne-moi en pâture aux monstres de la mer. [...] De trop longues erreurs m'ont suffisamment brisée et je ne sais où apprendre comment échapper à mes maux. Prêtes-tu l'oreille aux accents de la vierge aux cornes de vache ?

Eschyle, Prométhée enchaîné, v. 566-589


Héra